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Michel Gairaud, rédacteur en chef du journal Le Ravi

A l’occasion de la Semaine de la Presse à l’Ecole, le lycée Thierry Maulnier a le privilège de recevoir et d’interviewer Michel Gairaud, rédacteur en chef du journal Le Ravi.

1) Combien d’exemplaires de votre journal Le Ravi vendez vous par mois ?

«  On en vend à peu près 2 000, c’est une moyenne. On en imprime 5 000 exemplaires, c’est un petit tirage. Ensuite ce qu’il faut savoir c’est qu’on est dans une logique un peu multimédia donc on a aussi un site internet où tous les contenus, les archives des articles, sont gratuits. Et ce site a à peu près 30 000 visiteurs uniques par mois. Il y a un décalage entre nos tirages et nos ventes qui sont assez petites et la façon dont circule le contenu gratuitement. Après il y a aussi d’autres façons de vendre, par exemple on fait plusieurs fois dans l’année des tirages à part pour des numéros spéciaux qui sont diffusés et sont préachetés. Là ça peut aller jusqu’à plusieurs milliers d’exemplaires. »

2) Quels sont vos concurrents ?

«  On n’a pas vraiment de concurrents, on est assez particulier : un journal satirique indépendant régional il n’y en a pas d’autres en fait. En même temps on est dans un monde où il y a beaucoup de journaux et de magazines, donc beaucoup de propositions. Cela crée une situation de concurrence. Nous, on a deux identités : on a une identité satirique, d’ailleurs on peut dire que nos concurrents sont des journaux nationaux tels que Le Canard Enchaîné. Et on a une deuxième identité c’est l’enquête. A l’échelle régionale on est les seuls à faire ça. Mais il y a d’autres journaux qui produisent des enquêtes, mais pas forcément sur papier, par exemple il y a un site d’information qui s’appelle Mediapart, qui fait de l’investigation et de l’enquête aussi. Mais avec Mediapart, on a beau être en concurrence partiellement, on travaille ensemble aussi ; c’est-à-dire qu’on essaye plutôt de s’appuyer les uns sur les autres. »

3) Est-ce que les réponses à votre appel à don vous ont satisfait ?

«  Oui. Même si ça fait 10 ans que ce journal existe, ce n’est pas simple. On a souvent été dans des moments difficiles. Donc en septembre dernier on a lancé un appel, c’était sous la forme d’un financement participatif, on a appelé ça le « couscous bang bang », clin d’œil au système « kiss kiss bang bang » où, en ligne, on peut faire des dons. On s’était fixé 30 000€ avant noël, d’ailleurs notre slogan était « Y aura-t-il un ravi dans la crèche de Noël ? » et on les a rassemblés. Faire vivre un journal comme ça c’est une bataille. »

4) En quoi est ce difficile d’être indépendant vis-à-vis des pouvoirs locaux ?

« En fait, c’est difficile d’être indépendant envers tous les pouvoirs qu’ils soient nationaux ou locaux, mais quelque chose qui est encore plus difficile à l’échelle locale c’est la proximité. C’est-à-dire, ça nous arrive de dire du mal du ministre, ou du président mais c’est à l’échelle nationale. Or si l’on critique des personnes plus proches de nous géographiquement les réactions peuvent être plus vives. Certains élus souhaitent contrôler les médias et n’hésitent pas à décrocher leurs téléphone pour protester contre l’article. »

5) Seriez-vous aussi caustique si vous vous attaquiez à des personnalités politiques de plus haut niveau et qui représentent la France à l’international ?

« Oui, c’est-à-dire que c’est plus facile pour nous de nous attaquer à des personnalités politiques plus lointaines que de proximité. Maintenant, le même problème se pose pour les journalistes à Paris qui côtoient des ministres…. »

6) Pourquoi avoir choisi de traiter de politique ?

« Il se joue beaucoup de choses à travers la politique, la politique pour nous ce n’est pas uniquement les élections, ce n’est pas non plus uniquement les histoires politiques. La politique en fait c’est ceux qui prennent les décisions pour faire vivre les quartiers, les villes. Donc, c’est l’histoire de la vie en commun. Ça nous concerne beaucoup, beaucoup de monde pense du mal de la politique et à juste titre parce qu’il y a des choses qui ne marchent pas. Nous, on a le sentiment qu’il y a un vrai enjeu à s’intéresser à ces questions à condition de ne pas le faire par le petit bout de la lorgnette, c’est-à-dire que la politique c’est des questions culturelles et sociales, c’est la vie de tous les jours. Il y a plein de choses qui se décident de nos vies à l’échelle politique. On a pas envie d’ignorer ses questions là »

7) Et pourquoi de manière satirique ?

« Ca c’est construit un peu comme ça, le fait qu’il y ait des dessins de la première à la dernière page. On trouvait ça plus esthétique et ça donnait de l’identité au journal. Après la satire ce n’est pas que le dessin, c’est aussi l’irrévérence ; pour nous un journaliste qui fait bien son travail il est irrévérencieux, c’est-à-dire qu’il est capable de poser des questions qui dérangent, il est capable d’écrire des choses qui ne font pas plaisir à tout le monde. Il ne doit pas se demander si ça va faire plaisir ou plaire. C’est ça la satire pour nous, ce n’est pas l’idée de rire de n’importe quoi ou de n’importe qui. On pense qu’on peut faire de la satire sans faire du spectacle. »

8) Vous êtes rédacteur en chef, est-ce vous qui avez fondé Le Ravi ?

« Non, je suis arrivé au sixième numéro du Ravi. Je ne fais pas parti du petit groupe qui a crée le Ravi. C’était un groupe de gens basé à Marseille qui trouvait qu’il n’y avait pas assez de variété dans les journaux. »

Olivia. LYCÉE MAULNIER – NICE